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"PAPIERS", 1949-2003, DE GILLES AILLAUD, À LA VILLA TAMARIS

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Villa Tamaris – Centre d’art, La Seyne sur mer, du 8 décembre 2018 au 13 mars 2019

Gilles AILLAUD
PAPIERS, 1949 – 2003


Jeux de cache-cache
par Lilyane ROSE

La représentation des animaux en cage constitue l’essentiel de l’iconographie dans la peinture de Gilles AILLAUD. On connaît de cet artiste, membre de la Figuration Narrative en 1965, l’engagement militant à travers de grandes toiles qui dénoncent "la séquestration silencieuse et impunie" des animaux enfermés dans les zoos. Il y montre comment, au sein de cet "exil dans la visibilité", ils parviennent, en un défi muet, à garder le souvenir de l’invisibilité, malgré cette situation où il est impossible de se cacher. On aura peut-être en mémoire cette toile emblématique de 1972, Le serpent mosaïque – où le décor factice et figé de la cage s’anime par notre découverte de la présence de l’animal-.

Parallèlement à ces espaces pétrifiés que sont les zoos (et peut-être aussi ceux de la toile et de la peinture), il n’a cessé de travailler à la représentation du paysage, dans des techniques plus libres et plus rapides : croquis à la mine de plomb, aquarelle, acrylique sur papier, collages (Campagne à Skyros, Savane africaine, Paysages de bord de mer). Des paysages, mais avant tout des territoires, au sens éthologique du terme, c’est-à-dire des réseaux de cachettes arpentées où l’espace (le contraire absolu de celui de la cage où la visibilité est intégrale) peut-être continu ou disloqué. Des lieux de traces, de cache-cache.

Les deux moments forts de cette exposition, la série des Vols de mouettes, 1990, et les 194 lithographies de l’Encyclopédie de tous les animaux, y compris les minéraux, 1980 – 2000, offrent des éléments de réponse plastique très différents à la problématique de la représentation des animaux pour Gilles AILLAUD : comment observer, exprimer le mystère du monde animal, être en compagnonnage de l’esprit avec les bêtes (Jean-Christophe BAILLY) qui vivent dans un autre univers, aller au-devant de leur silence.

Pour Jean-Christophe BAILLY (écrivain-poète et ami de l’artiste), vivre, pour un animal, c’est traverser le visible en s’y dissimulant. Son arrivée sera donc de l’ordre de l’irruption, du surgissement et de sa disparition. La série des Vols de mouettes en est une belle démonstration : dans un espace all over, dilaté, ni volume ni simple contenant, mais plutôt une surface de vibration (l’artiste utilise parfois un fond de papier d’argent), des "mouettes" surgissent comme des projectiles, en réseaux d’enchevêtrements compliqués. Ces œuvres en papiers découpés traduisent avec beaucoup de pertinence la brièveté de leurs apparitions évanescentes : les morceaux de papiers blancs collés en système de pleins et de vides sont autant d’enclenchements et de ruptures dans cette absence de matière qu’est l’air, comme des "entrées dans l’ouvert".

Prendre la respiration de l’espace, sentir la nature qui se dérobe, faire l’expérience du vide en s’accrochant aux quelques résidus de lignes courbes aspirées par l’horizon, "entrer dans l’ouvert", Gilles AILLAUD nous y conduit aussi avec des grands formats panoramiques (Marée basse , 1992, acrylique 150x356). Et si, comme moi, pour prendre encore plus conscience du vif et de l’éphémère, vous avez de la chance, vous "entendrez", dans le silence de cette grande salle du rez-de-chaussée, les points bleus qui plongent…, échos en stéréo des cris des gabians de la baie de Tamaris (Les mouettes , août 1992, acrylique sur papier 105x550).

Le second point fort est l’exposition des 194 planches de l’Encyclopédie des animaux. Une autre option pour l’artiste de rendre visible le monde animal. Il nous donne là, le temps d’aller de page en page, de reconnaître et de nommer les bêtes, d’être troublés par leurs regards renvoyés et peut-être d’être étonnés d’avoir soudain la sensation de nous trouver en face d’individus, pas d’animaux, et de pouvoir accéder à leur silence. Pari réussi pour Gilles AILLAUD qui pourrait faire sienne cette remarque de Jean-Christophe BAILLY : "Au commencement de cette considération sur les animaux, il devrait y avoir la surprise, la surprise qu’ils existent". Et comme des enfants, nous essayerons de trouver cet échassier dissimulé dans les roseaux, de deviner quel animal se cache dans ce dessin abstrait, de distinguer le crocodile dans une page de signes mystérieux ; nous serons émus par le cri ou le bâillement de ce singe, par le face-à-face direct avec cet ours ; nous serons émerveillés par la justesse du trait, tantôt élémentaire ligne claire, tantôt matière opaque du pelage.

La Nature est le modèle de Gilles AILLAUD. Ses dessins "d’après nature" ne sont pas de simples enregistrements ou des considérations esthétiques. Laissons-lui la parole extraite de "Dessins-brouillons–projets", 1991 :

"… Mais tous ont en commun une volonté fondamentale d’être fidèles à leur objet, qui est leur sujet. Ne pas prendre la réalité comme point de départ, prétexte à une opération esthétique, mais comme but ultime et lui laisser, en dernier ressort, la parole, à elle. Avoir la politesse, lorsqu’on ne fait, au mieux, que folâtrer entre ses "bras légers" de ne pas prétendre la dépasser. Mieux vaut buter sur l’obstacle, et chuter, que de le franchir en passant à côté."

Lilyane ROSE


Villa TAMARIS CENTRE D’ART

Avenue de la Grande Maison
83500 La Seyne-sur-mer

Tél : 04 94 06 84 00
Ouvert tous les jours de 14h à 18h30, sauf lundis et jours fériés,
entrée gratuite
Mail : villatamaris@tpmed.org



publié le 26 février 2019

auteur(s) En diagonale /

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