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L’IMAGE EN MORCEAUX, exposition collective à la Villa Tamaris, La Seyne sur mer

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Villa Tamaris Centre d’Art
16 Juin – 16 Septembre 2018

L’IMAGE EN MORCEAUX

par Lilyane Rose

Jusqu’au 16 septembre, la Villa Tamaris nous offre une exposition copieuse à consommer, chacun selon ses goûts esthétiques : picorer ou déguster des morceaux choisis, ou ne pas en perdre une miette, goûter à tout en prenant son temps pour analyser le propos (compter au moins deux heures). Les commissaires Evelyne ARTAUD et Robert BONACCORSI ont en effet concocté un menu généreux qui mêle avec pertinence un important nombre d’œuvres d’artistes reconnus à d’autres, plus discrets, à découvrir.

Nous avons toutes et tous, un jour ou l’autre, fait ce geste "artistique", à l’instar de Monsieur Jourdain : mettre en pièce une photographie ou un texte, les froisser, les reconstruire, sans nous douter des conséquences plastiques de cet acte trivial. Qu’est-il advenu de l’image, a-t-elle été vraiment détruite ? Notre vision sur ces œuvres, qui nous désorientent parce qu’elles bousculent la réalité, en a peut-être été modifiée. Cette exposition pourrait nous apporter des réponses et susciter bien d’autres questionnements sur l’art d’aujourd’hui et la représentation en général.

Mettre "l’image en morceaux" n’est pas un fait nouveau dans l’histoire de l’art, et chacun ne manquera pas de trouver maints exemples, depuis les tesselles des mosaïques antiques, le pointillisme de SEURAT, les éclatements futuristes et cubistes, l’arrachage des affiches de VILLEGLÉ, l’agrandissement des pixels de Chuck CLOSE, l’image-matière de Vik MUNIZ, les 24 images/secondes du cinéma, etc…. etc…. On peut voir cette exposition comme un catalogue assez exhaustif des possibilités d’intervention sur l’image – et les artistes, dans ce domaine ne manquent pas "d’imagination" pour la malmener – qui la découpe en rondelles, la met en boîte ou en cases, l’entasse jusqu’à saturation, la superpose, l’hybride, la décortique, l’épuise en la multipliant, qui la diffracte, la capture sur les écrans, la décompose, l’explose, la recolle… - nous la donnant en pâture, souvent avec de belles réussites -. Et on pourrait en rester là. Mais l’image résiste, elle ne se laisse pas faire et parvient à contaminer notre perception, peut-être à faire vaciller nos certitudes.

Judicieusement, les commissaires ont accroché trois œuvres emblématiques dans ce lieu de transit qu’est l’escalier de la Villa, comme un viatique qui nous accompagnerait dans notre périple. Trois œuvres photographiques de Georges ROUSSE, de 2012 (Bastia, Nice, Marseille). Il travaille sur l’altération de la réalité, mêlant l’identité d’un lieu à un nouvel espace obtenu par anamorphose. L’image d’une image dans l’image. Un paradigme du passage entre le monde sensible et l’intelligible. De quoi nous faire définitivement douter du caractère rassurant des images. Mais en même temps, comment ne pas succomber à leur fascinante étrangeté ? "Cette étrangeté des images qui nous donne l’étrangeté des choses du monde", comme le dit Marc LEBOT.

En malmenant les images, les artistes attirent notre attention sur ce qui nous est familier dans cette société où l’image est à la fois omniprésente et appauvrie.

La mémoire et la fragilité de l’existence sont le fil conducteur de toutes ces œuvres ; la durée, le temps, sont toujours mis en cause : la narration, la série, la répétition, jusqu’à la destruction violente, le "trou de mémoire", sont des moyens récurrents. Le ton de l’exposition est donné dès l’entrée avec les œuvres de Jean LE GAC et Bernard MONINOT qui défient l’ordre commun en altérant la réalité par le souvenir. Les travaux de Bernard MONINOT sur l’ombre, où l’instant de l’apparition de l’image et sa fabrication ne font qu’un, où le dessin se matérialise, "s’écoute" comme une partition musicale, sont des moments forts de l’exposition.

Les images morcelées sont à reconstruire, à compléter ; les "morceaux" ne seraient que des fragments du réel, des petits bouts du monde, à recomposer inlassablement, obstinément, comme ce "mur de faussaires" de Vincent et Roger BOUBENEC. Mais les intéressantes vidéos du Collectif Anonyme JEV nous troublent en mettant l’accent sur l’impuissance de l’artiste à fixer les images, des images qui de toute façon sont éphémères et fragiles.

Heureusement, il y a cette inscription au crayon sur un mur d’une salle du rez-de-jardin, accompagnant une belle œuvre sensible, qui pourrait servir de conclusion optimiste à cette exposition :
"La poésie c’est ce qui rétablit la cohésion du monde".

Lilyane ROSE

Nb : si vous ne disposez que de peu de temps ou de patience, rendez-vous directement après le rez-de-chaussée, au rez-de-jardin, où sont rassemblés avec finesse des œuvres qui concentrent la problématique.


photographies des oeuvres (détail) de :
Vincent et Roger Boubenec
Micheline Simon


Villa Tamaris centre d’art
Communauté d´Agglomération Toulon Provence Méditerranée

Avenue de la Grande Maison 83500 La Seyne-sur-mer
Tél : 04 94 06 84 00
Mail : villatamaris@tpmed.org



publié le 6 septembre 2018

auteur(s) En diagonale /

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